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Justice mutuelle obligatoire

Vouloir résoudre cette question sociale, une des plus importantes« qui soit actuellement soulevée, par le payement d'une prime d'assurance,« ce serait un grand malheur ! Au lieu d'aplanir…

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Vouloir résoudre cette question sociale, une des plus importantes
« qui soit actuellement soulevée, par le payement d'une prime d'assurance,
« ce serait un grand malheur ! Au lieu d'aplanir des difficultés qui n'exiss
« lent pas encore, mais qu'on pressent, on établirait une lutte dont nul
« de vous ne pourrait prévoir les conséquences. Dans les pays do sur-
it frage universel, comme la France, le conflit s'établirait bien vile, bien
« nettement, de la manière qui a été si éloquomment caractérisée paï-
en notre ôminent collègue, M. Luzzatti ; on irait aux urnes en demandant,
« d'une part, que les indemnités soient augmentées et, d'autre part,
« que les primes soient abaissées. Et l'on en arriverait à ce résultat,
te parce que personne ne serait plus intéressé à être économeetque l'État
« devrait seul, dorénavant, courir tous les risques.

ee C'est une perspective qui m'effraie, que je combats, et qu'il était
« de mon devoir de vous signaler. »

M. Claudio Jannet (1) n'accepte ni l'assurance obligatoire, ni l'assu-
rance par l'Etat. Il estime que le rôle de l'Etat doit se borner à favoriser
lo plus possible les institutions privées d'assurances ou de prévoyances
patronales,

M. Ludovic Halévy, chargé du rapport académique à l'occasion do
l'avant-derniôre distribution des prix de vertu à l'Académie française,
a apprécié ainsi le rôle abusif que l'on veut faire jouer à l'Etat :

et La charité choque l'égalité, a-t-il dit, elle humilie la misère. On
« annonce un nouvel ordre de choses, un régime de stricte justice, un
« Etat-Providence appelé à rendre inutiles et à faire disparaître toutes
« ces humbles petites providences qui font tant de miracles et créent un
« peu de bonheur avec un peu de bonté. Le système est très simple:
« tout ce qui est du domaine de la charité, la justice s'en empare; à
« l'Etat, tous les devoirs et toutes les responsabilités; à l'individu, tous
« les droits et toutes les libertés. Je crois que sous un tel régime il n'y
« aurait bientôt plus que des pauvres, et que l'État serait lui-même, en
« peu de temps, plus pauvre que les milliers qu'il y aurait à faire
et rechercher, visiter et assister par une armée de fonctionnaires. »

M. Emile Cheysson s'est à diverses occasions prononcé contre
l'assurance par l'État. D'un récent discours (2) voici sa belle profession de
foi :

(1) Le Socialisme d'Etat et la Reforme sociale.

(2) Fait à la Société cPIiîconomie politique et sociale de Lyon on juillet 1895.